Fiche de Lecture « 12 Conférences sur l’hypnose, les thérapies brèves et les sangliers » de Dominique Megglé
L’Auteur est un psychiatre des armées, formé à la psychanalyse, qu’il délaisse pour devenir expert en thérapies brèves. C’est un livre facile à lire, pas de jargon, et bourré d’idées…avec quelques répétitions.
Une phrase : « Ce ne sont pas les plus malades qui viennent nous voir, mais les plus courageux. »
Les grandes thématiques abordées par l’auteur
- Une réticence marquée vis à vis des théories en psychologie (surtout psychanalyse)
- Lorsqu’on tombe dans une fosse à purin, la première question n’est pas pourquoi j’y suis tombé, mais comment en sortir (V. Satir)
- Les théories psychologiques sont inventées par les patients (experts de leurs problèmes, malade de leur logique…mais qui ont aussi trouvé comment maintenir leurs pb) … les créateurs n’ont fait que généraliser des intuitions basées sur quelques cas (raisonnement inductif vs déductif).
- Les thérapies qui s’appuient sur une théorie fabriquent de la résistance. Il est plus simple, rapide et utile de s’appuyer sur les théories de chaque client : sa vision du monde, ses valeurs, ses ressources, son style, son intelligence, sa volonté, sa responsabilité, etc. Cela nécessite une écoute TRES fine !
- Megglé semble considérer que la psychologie est une branche de la philosophie, qui s’appuie sur des recherches partielles et recommande plutôt de s’intéresser aux questions philosophiques de base qui se posent à tout homme sur sa nature, le sens de son action et de sa vie, la mort, la mal, le bonheur, la souffrance, et donc les auteurs anciens classiques (Shakespeare, Molière, Racine..), les humoristes (Dac, Queneau, Devos). Il établit une distinction entre théories psychologiques et psychothérapie, les premières n’étant pas nécessaires à la seconde.
- Son parallèle entre période technologique et théories psychologiques est drôle (Freud – Pression de la Libido / Chemin de fer, Beck – Cognitif / PC)
- Il est tout aussi méfiant vav des techniques en psychothérapie : il est indispensable d’en acquérir, mais sans verser dans la technothérapie.
- Une approche très pragmatique de la thérapie
- On ne change qu’au nom de ses propres valeurs et non au nom de celles des autres (M.H. Erickson)
- C’est l’avenir qui éclaire le présent et le passé ! Jamais la connaissance du chemin parcourir ne donnera celle du chemin à parcourir. Il recommande les auteurs tournés vers l’action, le possible, le présent et l’avenir (cf. courant de l’antipsychiatrie, Nardone).
- Ce que nous avons à vivre se tisse sur la trame du cycle de vie : Erickson en a fait une des bases de ses traitements, aider ses clients à passer une étape du cycle (ex devenir adulte, vieillir, etc.).
- Nous ne nous construisons pas malgré les épreuves mais avec elles, une épreuve n’est pas forcément un traumatisme.
- Le thérapeute est un pragmatique, un faux imbécile un inspecteur Columbo qui soigne sa communication pour découvrir quelles ressources vont émerger de son client.
- L’échange thérapeutique vrai n’est pas substantiellement différent des échanges que nous avons dans la vie de tous les jours. Faites-le à votre façon. Pour Megglé, un des secrets d’Erickson est cette capacité à rester vrai, vivant, lui-même.
- Il y a toujours plusieurs pb chez un client, inutile de les connaitre tous, en résoudre un fait en général tâche d’huile
- Un certain nombre de souffrances sont entretenues par la complaisance du client. Confronter le client à cela, avec discrétion et gentillesse permet de crever l’abcès. Cela nécessite que le thérapeute ait l’expérience de la difficulté à le faire en soi.
- Erickson parle du ressentiment comme d’une drogue dure qui produit un plaisir vicieux et destructeur, Megglé cite aussi Frankl et Roustang (« La fin de la plainte ») pour conclure que « quand je me plains je n’avance plus ». cf. les 4 questions au mari p148, remarquables.
- Megglé s’est entrainé à diagnostiquer en fonction du type de peur qu’il ressentait au contact du client.
- Confusion & Certitude en thérapie (un des meilleurs chapitres)
- Le client est quelqu’un qui a cherché la sécurité dans la fixité, or la vie est changement, et ses processus doivent changer, devenir plus souples pour qu’il guérisse. Ses certitudes, auxquelles il s’accroche (et dont il tente de convaincre le thérapeute), ont marché un moment de sa vie, mais elles ne marchent plus. Cela le rend confus…
- Pourtant, le thérapeute devra dans un premier temps accroitre la confusion afin d’ébranler les certitudes de son client. Une névrose est un jeu de quilles bien aligné, il faut envoyer une grosse boule qui met le bazar dedans !
- Contrairement aux idées reçues, il faut faire taire le client, ils émettent tellement de bruit. La confusion est la méthode pour cela : avec des doubles liens, contradiction et verbale et non verbale et bien sûr l’hypnose.
- La névrose est une dictature intérieure qui cherche à s’installer dans la durée, le thérapeute en est le saboteur. Il utilise les théories du client, l’humour, l’absurde, dans les prescriptions notamment, pour mettre le bazar en restant bien élevé.
- L’accroissement de la confusion permet l’ouverture rapide au changement…dans l’espace ouvert une suggestion bien choisie vient remplir le vide !
- Quelques idées générales sur l’hypnose
- Charcot a condamné l’hypnose pour des décennies en l’assimilant à l’hystérie
- Ce sont les américains qui la redécouvrent à partir de 1920 en affirmant que l’hypnotiseur n’a pas de « pouvoirs », que le patient sait mieux ce qui est bon pour lui, qu’il a des richesses insoupçonnées que l’hypnotiseur l’aide à exprimer
- Les meilleures inductions sont celles qui parlent au client, Megglé insiste bcp (trop ?) sur l’individualisation, alors que de grands auteurs utilisant avec succès la même induction dans 80% des cas.
- Les 3 différents types d’hypnose
- Hypnose Légère Moyenne (HLM): le sujet est à la fois ici et ailleurs, déconnecté, dans ce monde, ses réponses sont retardées, il ne raisonne plus analytiquement mais analogiquement. On communique avec lui par des images, métaphores et questions. Il reste conscient qu’il est dans un état différent, hypnotique.
- Hypnose profonde (HP) : mon ici est ailleurs…le sujet est dans son monde intérieur, la réalité extérieure n’a plus de signification objective concrète. Le sujet peut régresser à tel point qu’il hallucine son passé qui devient son seul présent.
- Hypnose stuporeuse (TST) : sujet shooté, endormi… peu intéressante pour Erickson, Megglé lui trouve des avantages à notre époque
- Hypnose Somnambulique (TSM) : pas facile à repérer… le sujet semblant bien réveillé, capable de faire bcp de choses et de les oublier aussi vite. On la reconnait à un très léger retard à répondre, une discrète raréfaction du clignement des yeux, une amnésie de la séance précédente.
- Hypnose conversationnelle : elle n’est pas visible, mais l’intention du thérapeute et sa maitrise des deux premiers types d’hypnose l’aide à faire changer l’état du client.
- De l’intérêt de l’hypnose profonde (HP)
- Erickson faisait bcp d’hypnose profonde, qu’il a développé dans la première partie de sa vie en milieu hospitalier.
- L’HP manifeste le fonctionnement psychique purement inconscient, sans aucune participation consciente. Elle libère le noyau sain de la personnalité du sujet névrotique. Si la thérapie ne progresse pas en HLM, passer en HP.
- Pour Approfondir, il faut individualiser !
- Pour approfondir, il faut tester les différents phénomènes hypnotiques et aller du plus facile au plus difficile (catalepsie, amnésie), et cela varie suivant chaque sujet. Arrivé au plus difficile pour lui, il sera en HP.
- Elle nécessite un entrainement de plusieurs heures par sujet (8 à 16 heures dans la pratique d’Erickson, dont 50% pour arriver dans l’état et 50% pour apprendre à bien y fonctionner, mais avec des variations de 30 secondes à 300 heures)
- Cet entrainement est présenté comme une pré thérapie par Erickson, il obtient une coopération plus facile du client, lui donne confiance dans ses capacités
- Très souvent quand on donne une nouvelle tâche à accomplir à un sujet en hypnose, il tend à revenir à une HLM/sortir un peu de transe pour s‘aider de mécanismes conscients. Pour éviter ça, lui expliquer auparavant qu’il pourra effectuer cette tâche à un niveau purement inconscient.
- Un sujet en HP n’est pas un sujet plus débile que le thérapeute mais plus intelligent que lui… donc la formulation des suggestions doit être très précautionneuse
- L’Hypnose est à la fois un moyen thérapeutique et une attitude
- L’emploi du temps d’Erickson : 1/3 du temps, je fais de l’hypnose, 1/3 du temps je n’en fais pas (suggestions, prescriptions, conseils de bon sens, information), 1/3 du temps je ne sais pas ce que je fais
- Ce dernier temps est capital : le thérapeute est convaincu que le client a un inconscient qui donne sa direction à la thérapie en toute sécurité. Il ne s’agit pas de s’endormir, toutefois, Il prend garde à deux choses :
- Rester vigilant (un peu comme en psychodrame : qu’est ce qui est en train de se jouer ?)
- Donner des choses à faire au client
- L’hypnose n’est pas une thérapie, la thérapie utilise l’hypnose.
- Deux thérapies ne seront pas semblables pour le même pb ; phobie, dépression, etc. Donc pas de protocole… mais une découverte de chaque client
- L’hypnose est la technique qui permet au thérapeute de rencontrer les besoins uniques de chaque client et l’aide à réveiller ses ressources.







